Le second tome du Songe Assassiné, intitulé "Bats-toi !",
apporte le dénouement de l'histoire commencée dans Le Sable Caméléon ou Adieu Chiffalo. Ce roman poursuit l'exploration des conséquences de la décolonisation de l'Algérie sur ses personnages, en particulier Daniel-José, qui lutte avec les blessures du passé et la reconstruction de son identité en France.
Le récit met en lumière son combat pour surmonter l’exil, la nostalgie et les difficultés de l’intégration, tout en conservant le souvenir de son enfance en Algérie. L’histoire prend une dimension introspective, traitant de la mémoire, du déracinement et des liens familiaux. On y retrouve aussi des réflexions sur la foi et la spiritualité, notamment à travers des références aux apparitions mariales et à Medjugorje.
L’auteur apporte une conclusion à cette fresque romanesque, où le héros tente de se reconstruire après avoir été marqué par la perte de son monde d’origine.
La relation entre Daniel-José et Michèle-Claude est marquée par un amour d’enfance, empreint d’innocence et de nostalgie, mais aussi par des retrouvailles ambiguës des années plus tard.
Des retours en arrière (souvenirs de Chiffalo) ou encore un retour en Algérie plus de 20 ans plus tard figurent dans le second tome du roman.
La compréhension du récit ne nécessite cependant pas d'avoir lu le tome 1, "le sable-caméléon", ou bien encore "Adieu Chiffalo" qui a failli être adapté à l'écran.
Musiques qui pourraient figurer dans le film, Le songe assassiné, si le roman devait être un jour adapté à l'écran
Enesto Cortazar Autumn rose) |
Djamel Allam |
Des courts extraits :
Page 241 :Plusieurs mois s’écoulèrent. Daniel-José envoya une longue lettre à Hélène qui avait revêtu des habits monastiques au sein d’une communauté de sœurs dominicaines.
Il l’avait revue peu de temps avant qu’elle n’y entre. C’était la seule fois depuis l’Espagne. Elle s’était fait couper les cheveux.
Ce fut pour lui un choc.
Il n’avait pas osé pleurer devant elle, mais le soir venu, dans sa chambre, il s’était montré affligé, à en perdre la raison. Et comme si cela n’avait pas suffi à sa détresse, les souvenirs inoubliables étaient venus le torturer, déjà.
Hélène s’était laissée caresser les cheveux et le visage, comme si elle avait voulu être rassurée de la lourde décision qu’elle avait prise. Elle lui avait avoué qu’elle avait entendu une voix chez Manuela qui lui demandait si elle voulait être l’épouse du Christ.
Posant une main, aux ongles coupés court, débarrassés de tout vernis, qui paraissait raccourcie du fait, sur celle de Daniel-José, elle lui avait dit, tendrement :
- Je prierai pour toi. Tu auras de grandes satisfactions, mais aussi beaucoup de combats intérieurs, le démon n'aimant pas qu'on lui dérobe des âmes. Résiste, Dieu sera en train de sonder ta confiance en Lui.
Elle savait qu’elle ne serait plus à ses côtés pour lui apporter son aide. Aussi, elle ajouta encore :
- Ne te dépouille jamais du chapelet ; avec les temps difficiles qui s’annoncent, il t’aidera à combattre le Mal et aussi t’empêchera de faire du mal. Ne le porte pas comme une amulette, mais sois quotidiennement en communion avec la Sainte Vierge en t'efforçant de réciter le rosaire, comme elle le demande.
Aussitôt après, elle s’était dégagée du tourbillon grisant du passé, pour fuir son effet dévastateur qui se voulait porteur de regrets.
C’était la dernière fois qu’il la voyait.
Elle aussi pleura cette nuit-là, inconsolable.
Daniel-José l’avait revue sur une photo que lui avait montrée son imagination. Elle portait un vêtement blanc immaculé, symbole de pureté et d’innocence, vertus qui lui allaient si bien, et qu’elle offrait à Dieu.
Et le sourire qu'elle affichait réchauffa son cœur meurtri !
Musique qui pourrait accompagner ce passage :
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PAGE 52 : Simon, un Oranais, s’apprêtait aussi à s’en aller de France avec sa famille, après avoir longuement mûri la décision. Le pays où ils avaient jeté leur dévolu, sa femme et lui, n’était pas à la porte d’à côté. Simon était juif et avait enfin répondu à l’aspiration de l’État hébreu de rassembler tous les enfants d’Israël exilés. Il l’avait révélé à Érasme.
- Juste avant de partir d’Alger, j’ai reçu une lettre d’un de mes oncles qui habite Jérusalem. Elle m’a donné la chair de poule. C’est plutôt son fils, mon petit-cousin âgé de 11 ans qui en est la cause.
La lettre rapportait ses propos. Elle disait que la directrice d'école où est scolarisé mon cousin, avait dit à l'ensemble des élèves : « Aujourd’hui, on va aller accueillir nos frères à l’aéroport. On va leur offrir des bonbons et des fleurs. » Sur le tarmac, alors qu’il y en avait qui arrivait de Pologne, de Roumanie, d’Égypte, un vieux monsieur pieds nus, à sa descente d’avion, s’est mis à taper de son bâton sur le sol d’Israël, heureux de fouler la terre de Dieu. Il savait qu’il mettait fin à son exil, et a chanté un chant que tous les juifs connaissent "Am Israël Hai". Le refrain a alors été repris par tous ceux qui étaient présents, allant même jusqu'à danser…
Mais Simon n’alla pas plus loin dans ses confidences, saisi par l’émotion, tout autant qu'Érasme, attendri.
Page 203 :
Érasme n’était pas soigné dans un établissement psychiatrique, mais était hébergé par sa sœur, choyé par elle, veuve comme lui maintenant, et entouré de sa mère.
Amaigri, le visage mal rasé, les pommettes creuses, l’esprit ailleurs, mélancolique, Érasme avait les yeux éteints, le sourire d’autrefois effacé, et sa bouche, avec des lèvres qu’il pinçait continuellement, était généralement fermée à toutes paroles.
De temps à autre, il observait ses doigts qu’il remuait sans cesse, allez donc savoir pourquoiLE SONGE ASSASSINÉ - Bats toi ! |